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"Système de conflits et enjeux sécuritaires en Afrique de l’Ouest" - Présentation

Cette étude vise à effectuer une description exhaustive des conflits en cours ou latents, ainsi  qu’une revue des facteurs « conflictogènes » propres à chacun des Etats de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

En analysant les dynamiques actuelles liées aux enjeux sécuritaires dans dix pays de la CEDEAO, cet ouvrage constitue un recueil d’informations détaillées permettant de comprendre les systèmes de conflits, pour permettre aux administrations étatiques ou celles des institutions non gouvernementales d’agir en conséquence. 

Cinq grands enjeux sécuritaires communs à l’ensemble des Etats étudiés sont mis en exergue : la paix et la sécurité aux frontières, la criminalité et les trafics illicites (drogues, armes, êtres humains, ressources naturelles) ; le respect des droits de l’homme et la situation humanitaire ; la réforme du secteur de la sécurité (RSS) et les conflits liés à l’exploitation des ressources naturelles.

Commanditée par le Goree Institute, cette étude a été présentée par deux chercheurs du GRIP[1] (Marc MEMIER et Michel LUNTUMBE) lors du 3ème  symposium régional de Goree Institute intitulé « Défis de la sécurité et de la gouvernance en Afrique de l’Ouest » qui s’est tenu sur l’île de Gorée les 28 et 29 novembre 2012.

Les conflits en Afrique de l’Ouest ont pour la plupart des caractéristiques communes : ce sont généralement des conflits intra-étatiques qui voient s’affronter des acteurs non gouvernementaux utilisant des formes extrêmes de violence contre la population civile. Les causes de ces conflits trouvent leurs origines dans une multiplicité de facteurs, dont trois essentiels qui affectent les Etats de la sous-région : une fragilité étatique, écologique et sociodémographique, tout cela dans un contexte de grande pauvreté. A ces menaces structurelles et historiques, s’additionne toute une série de dangers ; telles que le terrorisme, la criminalité transfrontalière et les trafics ou encore la piraterie maritime.

A travers cette étude, il est essentiel de comprendre l’importance des enjeux transnationaux, la notion de « système de conflits » semble être, pour les auteurs, la méthodologie et la terminologie la plus adaptée.

Un « système de conflits » se définit comme  « un ensemble de confits,  de causes, de formes et de territorialités distinctes, qui s’articulent et s’alimentent sous l’effet de leur proximité, de leurs évolutions ou des alliances tissées par des acteurs divers donc les intérêts convergent »[1]. Cette approche offre une grille de lecture novatrice ainsi que des pistes pour des politiques préventives et régulatrices sous régionales.

Le système de conflits de l’Union du Fleuve Mano (Côte d’Ivoire, Guinée-Conakry)Carte Afrique de louest

L’Union du Fleuve Mano (UFM) est une organisation sous régionale créée en 1973 par les présidents de la Sierra Leone (Siaka Stevens) et du Liberia (William Tolbert Junior) dans le but de promouvoir les échanges commerciaux entre ces deux pays. La Guinée a rejoint l’union en 1980, suivie par la Côte d’Ivoire en 2008. Elle tire son nom du fleuve Mano qui prend sa source aux Monts Nimba en Guinée et délimite ensuite la frontière entre le Liberia et la Sierra Leone. Les bases de ce conflit régional peuvent être analysées par deux prismes : la conquête du pouvoir et l’accès aux ressources naturelles.

Le système de conflit de l’UFM est caractérisé par la prolifération du nombre d’acteurs (forces armées, groupes rebelles, milices, mercenaires, forces de maintien de la paix) ainsi que par la multiplication des niveaux d’actions (local, national, régional, international). Par ailleurs, la proximité des groupes de populations au plan ethnique et religieux, la prolifération d’armes légères et de petits calibres, la porosité des frontières, la mobilité physique et idéologique des combattants et les mouvements de réfugiés contribuent à perpétrer un cycle de violence qui se déplace de pays en pays. A cet égard, Michel Galy parle d’une « guerre nomade » qui tourne depuis 1989 autour d’un axe allant de la Côte d’Ivoire à la Sierra Leone [1]Malgré une situation qui s’arrange, l’insécurité y reste très présente, ce qui pose notamment des problèmes autour du retour des réfugiés, de la justice transitionnelle et de la lutte contre l’impunité.


Le système de conflits sénégambien (Sénégal, Guinée-Bissau, Gambie)

Le système de conflits de la zone trouve son épicentre dans la région naturelle de la Casamance, par sa frontière commune avec la Guinée-Bissau, l’inclut également au conflit. La région est marquée par l’activisme intermittent d’un groupe armé indépendantiste, le Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) fondé en 1982.

Si le conflit casamançais est d’abord une crise interne, ses répercussions affectent rapidement les Etats frontaliers que sont la Gambie et la Guinée-Bissau. Différents enjeux sécuritaires interagissent, tels que le trafic de drogue, la criminalité transfrontalière, l’instabilité politique etc. La dimension sous régionale et transnationale du conflit casamançais rend la coopération nécessaire entre les trois Etats de la zone pour un règlement durable du conflit.


Le système de conflits sahélo-saharien (Mali, Niger, Burkina-Faso)

Au-delà de la fragilité due au contexte écologique, ces trois Etats (Mali, Niger, Burkina-Faso) partagent une série de caractéristiques socioculturelles et structurelles communes, déterminantes pour comprendre son système de conflits. L’épicentre du système de conflits sahélo-saharien se situe entre la Mauritanie, l’Algérie, le Mali et le Niger, région notamment marquée par la rébellion touareg menée par le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA). Mais qui s’est aussi vue confrontée à la poussée vers le sud des djihadistes algériens d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI). La crise sahélo-saharienne trouve ses bases dans l’abandon par les pouvoirs publics de cette zone combinée à l’effondrement de l’ordre institutionnel au Mali. En effet, l’impact conjoncturel de la crise libyenne a mené de manière inévitable à la montée en puissance d’un islam politique et de l‘influence croissante de courants religieux rigoristes.


Le système de conflits du Golfe de Guinée (Nigeria, Bénin)

Dans sa définition la plus large, le Golfe de Guinée recouvre une zone géographique qui s’étend de l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique centrale. Cependant, pour les besoins de l’étude les auteurs ont focalisé leur approche sur la partie ouest-africaine du Golfe de Guinée. On entendra ici par Golfe de Guinée l’espace géographique plus restreint qui va de la Côte d’Ivoire au Ghana, du Togo au Bénin, du Nigéria à la péninsule de Bakassi.

C’est une zone où il y a une forte concentration de populations et d’activités. Par sa configuration générale le Golfe de Guinée est un espace géopolitique ouvert sur le monde, ce qui permet les échanges, mais est un facteur important d’insécurité et de vulnérabilité. Elle est par ailleurs, la première région pétrolière en Afrique. Le système de conflits du Golfe de Guinée est notamment caractérisé par la multiplication des attaques et des actes de piraterie dans les eaux sous régionales. L’essor de la piraterie s’explique par plusieurs facteurs dont la paupérisation de la population de la sous-région, la faiblesse des institutions étatiques et des dispositifs de surveillance des côtes, la circulation des armes, etc.  Les groupes qui en sont responsables, disposent de moyens d’opérer de plus en plus importants. Cette situation a donc créé un vide sécuritaire exploité par différents réseaux de criminalités. La sous-région est également marquée par des affrontements à connotation « ethnico-religieuse » notamment au Nigéria, où le mouvement fondamentaliste Boko Haram est fréquemment responsable d’attaques meurtrières. Le Golfe du Guinée doit donc faire face à la criminalité organisée, les rébellions politiques et le fondamentalisme terroriste.

Conclusion générale

Les foyers d’instabilité en Afrique de l’Ouest sont les produits d’un ensemble de facteurs interdépendants les uns aux autres : le champ politique, historique, économique, socioculturel et environnemental. Bien qu’enraciné à des logiques locales ou nationales, ils s’inscrivent dans des complexes conflictuels bien plus larges à dimension régionale. Le nombre grandissant d’acteurs accentuent à son tour les tensions. En effet, les systèmes de conflits ouest-africains portent les conditions de leur propre reproduction.

Le livre Système de conflits et enjeux sécuritaires en Afrique de l’Ouest est disponible au Goree Institute.

 

À lire aussi : Rapport sur les enjeux sécuritaires en Afrique de l’Ouest : focus sur le Burkina Faso, la Guinée-Bissau et le Sénégal


[1] Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité

[1] R. Marchal, « Liberia, Sierra Leone et Guinée ; Une guerre sans frontières ? », C. ERO, M. Ferme, Politique Africaine, n88, 2003 in Goree Institute, Systèmes de conflits et enjeux sécuritaires en Afrique de l’Ouest, 2012

[1] M. Galy « De la guerre nomade sept approches du conflit autour de la Côte d’Ivoire », Culture et Conflits N°55, p163-196 in Goree Institute, Systèmes de conflits et enjeux sécuritaires en Afrique de l’Ouest, 2012

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Impact de la Violence électorale

De façon générale et cela depuis le renouveau démocratique africain des années 90, « les formes de violence électorale qui ont caractérisé les processus électoraux ont souvent persisté dans la phase post-électorale, en particulier lorsque des partis ayant perdu les élections remettent en cause la légitimité des vainqueurs.»[1] Une telle situation prend des dimensions permanentes et particulières dans les contextes où les enjeux des résultats électoraux impliquent la survie d’une ou de plusieurs des communautés constitutives de l’Etat-Nation. Cela signifie que dans les pays africains qui se caractérisent par l’existence de clivages régionaux, ethniques et/ou religieux, la proclamation des résultats électoraux représente un enjeu majeur pour l’existence des communautés et préfigurent l’avenir de la sécurité et/ou de la cohésion sociale.

 

Il faut toutefois préciser que de nos jours, le phénomène survient aussi bien au cours des préparatifs, que pendant et après les scrutins. Les rapports des différentes « Situation Room[2]», de l’Institut Gorée ont révélé différents dysfonctionnements qui sont intervenus ces cinq dernières années aux jours même du scrutin dans des pays qui ont bénéficié d’un programme d’appui et de suivi des élections du système des Nations Unies. Aussi, notre appréhension de l’impact des violences électorales survenues lors des dernières élections législatives guinéenne (septembre 2013) et togolaise (juillet 2013) et lors de la dernière élection présidentielle sénégalaise (février mars 2012) va couvrir tous les événements qui ont ponctué les différentes étapes des processus électoraux.

Concrètement, et s’agissant des cas plus spécifiques du Togo, de la Guinée et du Sénégal, il n’est pas pertinent d’organiser notre réflexion autour des deux types traditionnels d’impact, que sont les effets directs et les effets indirects. En effet, le temps d’observation a été trop court pour appréhender surtout les effets indirects des violences électorales. C’est pourquoi, seront présentés ci-après les traits marquants des effets des violences électorales.

 

V.1. Impact de la violence électorale sur la cohésion sociale et la sécurité 

 

C’est essentiellement au plan social qu’on observe les effets de la violence électorale. En effet, il apparait que si les élections « sont le fondement du contrat social par lequel les dirigeants élus acquièrent la légitimité de gouverner qui leur est octroyée par les électeurs », comme le soulignent les participants au colloque d’Accra en 2009, elles apparaissent aujourd’hui comme un risque, une menace permanente de la cohésion sociale. Par des processus d’instrumentation des élections par les acteurs politiques en Afrique, les élections, en tant que mécanisme de dévolution des pouvoirs, sont devenues des moments de crainte, de « peur existentielle ». Quand on évoque les élections, surtout si elles ont été « douteuses »[3] comme au Zimbabwe, ou au Kenya, on ne peut s’empêcher de penser à « la violence électorale sans sa transformation en guerre ; sans l’intervention de combattant et de la figure réelle de l’ennemi et sans ses formes extrêmes telles que le massacre, l’épuration, l’égorgement, l’émasculation, le génocide, etc. » (Sèdagban Hygin Faust KAKAI).

 

En effet, les élections ont souvent produit des événements douloureux qui se résument à des cortèges de déplacements massifs (fuite, expulsions), des morts, des habitations détruites, des biens saccagés, provoquant ainsi des déchirures sociales. Et ces événements prennent une autre dimension lorsqu’ils surviennent dans une société où les divisions ethniques ou religieuses sont visibles. Ici, les enjeux des élections transcendent les simples victoires et défaites pour devenir les déterminants du bien-être ou de la survie des groupes sociaux. C’est d’ailleurs pour cela qu’on assiste de plus en plus à une « politisation des identités ethniques et communautaires » fondant l’idée selon laquelle « alternance ethnique au pouvoir » constitue un facteur de consolidation et de cohésion de l’unité nationale ou de dislocation du tissu social.[4] Ainsi, les violences occasionnées engendrent des scénari de recrudescence et des conflits communautaires, ethniques et religieux.

 

Aussi les sages de l’UA constatent-ils que « la violence électorale se traduit souvent par le nettoyage ethnique»[5] C’est pourquoi il faut souligner, avec Léonard Wantchékon, que l’appartenance ethnique ou religieuse « peut affecter la vie politique de façon directe.

 

Elle peut l’affecter aussi de façon indirecte par le biais de son influence sur la psychologie du citoyen et les institutions sociales du pays. » Partant d’un tel postulat, on doit admettre que les violences électorales se ressentent différemment, en fonction du passé politique des pays. C’est en s’inspirant du modèle de Wantchékon qu’on s’aperçoit pertinemment que les impacts directs de la violence électorale au plan social et de la sécurité au Togo, en Guinée et au Sénégal se situent au niveau de la psychologie du citoyen. Pour comprendre cela, il faut analyser les éléments constitutifs du climat social ou de sécurité dans lequel se déroule le processus électoral et où le pays demeure.

 

En effet, il faut signaler une relative accalmie post-électorale après un climat de peur et de crainte en période pré-électorale ou pendant la campagne électorale. Ces violences électorales, qui ont entrainé sur l’ensemble des cas observés des séquelles corporelles et psychologiques dues à des agressions physiques ou morales, ne se sont pas poursuivies après les élections. Par exemple, au Sénégal, les violences de type « agression physique/torture » et « affrontements entre groupes de personnes » ont causé en tout six morts[6] suite aux affrontements survenus lors des manifestations contre la troisième candidature du Président Abdoulaye Wade.

 

En Guinée, le risque d’un dérapage ethnique était réel, d’autant plus qu’au cours de la campagne on avait assisté à « l’exacerbation de l’ethnocentrisme». Rappelons que dans ce pays, le fait ethnique et régional se manifeste de façon insidieuse et le second tour de la présidentielle de 2010 ayant opposé le Peul Cellou Dalein Diallo au Malinké Alpha Condé était le prélude à un affrontement fondé sur l’appartenance ethnique et régionale. Le discours de certains acteurs politiques abondait dans ce sens et incitait même à la haine. Ce type de message conduit généralement à l’émergence de la haine, parce qu’il crée la figure de l’ennemi. Pourtant les discours lancés par les leaders n’ont pas eu d’effets auprés des populations guinéennes. Seules des perturbations dans les bureaux de vote, les lieux de rassemblements publics, au cours des meetings des candidats, et quelques agressions physiques ou destructions de biens privés ont été constatés.

 

Ces actes perpétrés par des individus isolés et passionnés ont été observés aussi au Togo. Il faut toutefois se rappeler les conditions[7] dans lesquelles le Président Faure Gnassingbé, de l’ethnie Kabiyé, est arrivé au pouvoir ainsi que la place de choix qu’occupait l’armée, dont la majorité des officiers étaient aussi Kabiyé. L’enjeu de ces législatives était axé sur la recomposition de l’équipe gouvernante. Ainsi, et comme en témoigne un journaliste,« ici au Togo, au cours de ces élections, nous avons pas eu comme çà de violences qui opposent des groupes ethniques, ou des bagarres entre le pouvoir et l’opposition, au contraire la bagarre c’était entre les gens de l’opposition pour le partage des postes de députés, par contre ce que nous avons vu pendant cette période, c’est quand les gens manifestent et que la police intervient, il arrive que les manifestants mettent la main sur quelques policiers, ils sont roués de coups et il faut vraiment la dextérité des organisateurs pour leurs éviter le lynchage.»[8]

 

Au vu de tous ces effets directs et communs aux trois pays, on peut conclure que c’est le manque d’un climat de sérénité pour tous qui caractérise l’impact direct des violences électorales au plan social et de sécurité. Ce sont des candidats, des électeurs, des militants (partis politiques ou organisations de la société civile) qui ont ressenti l’instauration d’une atmosphère de peur, de crainte, et qui ont vécu une situation de suspicion, de frayeur.

 

Vu la nature de la violence électorale (insultes, intimidations, incursion de nervis dans les bureaux de vote, agressions physiques ou verbales, et parfois quelques attaques armées comme la reprise des attaques par des bandes armées dans la région de Ziguinchor au Sénégal, etc.) et vu ses auteurs ou victimes (militants, nervis, agents électoraux, candidats, participants à une activité politique, électeurs, etc.), on peut dire que de façon générale, les violences électorales ont provoqué quelques fissures sans pour autant atteindre le noyau de la cohésion sociale ou de l’unité nationale. Il y a eu une détérioration du climat social sans que cela entraine une « division sociale» au sens d’une séparation, d’un face à face entre les principaux groupes sociaux et religieux qui constituent les Etats-Nations des trois pays au cœur de notre étude. Autrement dit, les incidents graves95[9] constatés au cours de ces différents processus électoraux ne sont pas arrivés à mettre fin au « vivre ensemble », et à déconstruire le tissu national dans ces trois pays. Ils ont seulement conduit à l’émergence d’un sentiment d’insécurité chez le citoyen. 

 

Ces violences électorales observées ne se sont pas reproduites après les élections. Il n’a pas été constaté un phénomène naissant de vengeance individualisée ou collective dirigée contre un groupe social spécifique ou un individu. Aucun règlement de compte, aucun phénomène de chasse aux sorcières n’a été enregistré après les élections. Il faut toutefois remarquer l’impact des élections législatives de 2013 sur l’état d’esprit des populations au Togo. C’est au niveau de la variable « perception des populations face aux enjeux politiques » qu’apparaît clairement l’impact des dernières législatives togolaises. En effet, elles ont renforcé les sentiments de méfiance entre les populations suivant l’origine de leur provenance géographique. « Ici, au Togo, les gens ne vont plus jusqu’aux assassinats parce que vous êtes Kabiés ou pas, mais on constate une grande méfiance dans les discours des gens, on évite d’aborder les sujets politiques, dès que des gens de groupes différents discutent, lorsqu’un d’entre eux aborde les sujets politiques, vous voyez les gens se dispersent, ils évitent de parler politique »[10]

 

V.2.Impact économique de la violence électorale

 

Les Sages de l’UA ont noté que l’impact des choix électoraux se manifeste à première vue de manière sournoise. Car il s’exprime par une « marginalisation» qui consiste à priver des « groupes et des communautés entières. Sur le plan économique en raison de leur appui aux partis ayant perdu les élections.»[11]. Pour expérimenter un tel paradigme, il faut pouvoir saisir les motivations réelles des investissements économiques et surtout montrer une certaine homogénéité des populations bénéficiaires de ces réalisations.

 

Dans notre cas précis, ce qui apparaît commun dans les trois pays, ce sont les pertes en biens mobiliers et immobiliers appartenant à des particuliers ou à des partis politiques, mais aussi à l’Etat. Au titre des propriétés privées, nous rappelons l’incendie du 1er octobre 2013 du domicile d’une militante du RPG à Fria, et les destructions des boutiques ou commerces appartenant à des présumés supporters d’adversaires politiques en Guinée. Toujours en Guinée, on ne peut omettre de mentionner les trente véhicules qui ont été saccagés au cours des élections législatives de septembre 2013[12]. Il est aussi noté l’arrêt de certaines activités économiques. En effet, il a été constaté à Conakry la fermeture des boutiques le 28 septembre 2013, jour du scrutin. Les commerçants du marché Sandaga à Dakar ont arrêté leurs activités économiques à chaque manifestation du M23 organisée aux environs du marché. Les dégâts matériels ont aussi concerné, au Sénégal, les propriétés publiques, les biens privés, etc. Tous ces biens perdus ou endommagés sous l’effet des colères ont occasionné des dépenses chez les victimes. Cependant, les coûts des réparations ou du remplacement de ces biens tant publics que privés ne peuvent pas se traduire en données chiffrées réelles fiables, tant il est difficile d’évaluer la valeur financière réelle de ces biens. En outre, a été observée dans certaines presses locales une « guerre des chiffres » entre autorités locales et victimes privées. Enfin, aucun observateur ou analyste ne connaît avec certitude le budget de campagne d’un compétiteur politique africain.

 

A ces conséquences qui ont touché directement les partis politiques, l’Etat et les personnes physiques, on peut ajouter un élément qui semble avoir eu une dimension nationale : la hausse des prix. A, la validation de la candidature du Président-sortant Abdoulaye Wade, et suite aux manifestations de contestation, il a été constaté une hausse des prix des denrées alimentaires, du pétrole et du gaz. Cet impact économique national n’a pas été observé au Guinée et au Togo. Au Togo, les destructions de biens privés ou de matériels de campagne étaient vraiment circonstanciées. Concernant le Sénégal, il convient cependant de préciser que cette hausse exponentielle des prix n’a pas visé une classe sociale ou un groupe spécifique. Par conséquent, on ne peut dire qu’elle avait un caractère discriminatoire et qu’elle visait un groupe religieux, ethnique ou régional.

 

V.3. Impact de la violence électorale sur les dispositifs institutionnels ou réglementaires

 

Nous nous intéressons ici aux violences électorales qui ont conduit au dysfonctionnement, aussi temporaire soit-il, d’une institution républicaine. Cependant, il faut éviter toute confusion entre les éléments de programmes des vainqueurs (qui sont en train d’être mis en oeuvre) et les points de discorde (qui ont été la cause des conflits électoraux) que les acteurs essayent de traiter par des textes. Ainsi, les modifications constitutionnelles actuelles au Sénégal rentrent plus dans le cadre d’un mécanisme de respect des engagements politiques d’un candidat sorti vainqueur d’un long processus d’alternance que le fruit d’un travail consensuel, d’un dialogue politique direct entre la nouvelle coalition au pouvoir et l’ancien régime. Si tel était le cas, l’ensemble des questions portant sur le choix du matériel électoral et de sa fiabilité, le fichier électoral, etc. seraient sur la table des négociations entre les principaux animateurs de la vie politique sénégalaise.

 

Les rapports aux textes fondamentaux (perception de leur violation ou volonté d’un respect scrupuleux de ces derniers) ont été déterminants dans le déclenchement des violences électorales. Alors que cela peut apparaître comme une manipulation ou une violation des textes constitutionnels pour l’opposition, ou au contraire comme une rigueur dans le respect de ceux-ci par le pouvoir, les articles posant problème ne sont pas révisés.

 

On peut souligner comme impact institutionnel, les projets de révisions constitutionnelles qui sont en cours. A un degré différent, du boycott actif que les partis d’opposition à l’unanimité ont tenté lors des élections en Guinée le 21 décembre 2003 et au Togo en 1999, afin de réclamer la création d’une Commission électorale nationale indépendante, il faut signaler le cas spécifique de la Guinée portant sur le fonctionnement de le CENI.

 

En effet, on a assisté à la remise en cause de la neutralité de la CENI, bloquant ainsi les travaux de l’institution. Cette suspension dans la compétition électorale trouvera une solution grâce à l’intervention de la Communauté internationale et aux services d’un général malien chargé de mener jusqu’à son terme le second tour de la présidentielle en Guinée en 2010. Un autre exemple de blocage est l’arrêt momentané des activités du bureau de vote de l’Ecole Sara Thillor Bessane dans le département administratif de Nioro Du Rip au Sénégal[13]

 

Par ailleurs, il convient de souligner une tentative avortée de blocage dans la mise en place de l’institution organisatrice des élections au Togo. En effet, au Togo, la loi électorale attribue à chaque entité politique des places dans le bureau de la CENI et de ses démembrements. L’opposition dite radicale n’a occupé son poste qu’à la veille du scrutin au plan national et au plan local dans les CELI et dans le CLC, le CAR ayant refusé de pourvoir ses postes. Ce qui signifie qu’un acteur a été absent de la CENI pendant les travaux préparatifs des élections. Par conséquent, nous devons nous interroger sur la constitutionnalité de l’équipe qui a organisé ces élections législatives.

 

Ces blocages ou tentatives de blocage conduisent à soutenir que la première conséquence des violences électorales est l’émergence d’un processus de délégitimation des institutions électorales. En effet, les organes en charge des élections sont décrédibilisés par les acteurs en compétition, même s’il faut remarquer que cela est fonction des résultats acquis à sa cause ou qui sont contestés, et des choix des personnes qui doivent les animer qu’au niveau des résultats qu’ils produisent ou publient. Ils suscitent des réactions qui peuvent aller de au rejet. On revendique alors des réformes ou une refondation totale, une dissolution ou tout simplement de réaménagements techniques. C’est ainsi qu’au Togo, l’ANC de Jean-Pierre Fabre, tout en rejetant les résultats provisoires proclamés par la CENI, a récusé la neutralité et la crédibilité de la Cour Constitutionnelle lorsqu’il a déclaré que « le recours devant la Cour n’est pas nécessaire [parce que…] cette Cour viole quotidiennement les lois de la République et les droits de l’homme ».[14]

 

Cliquez pour télécharger l'ouvrage dans son intégralité

Violence électorale en Guinée, au Sénégal et au Togo
Violence électorale en Guinée, au Sénégal et au Togo

 


[1] Rapport des Sages, op-cit, p.24
[2] C’est un dispositif de collecte, de traitement des données électorales et d’intervention, mis en place par Goree Institute dans des pays bénéficiant d’un programme d’appui et de suivi des élections du système des Nations Unies.
[3] Cf. Rapport du Colloque du Ghana ; 2009, p.1
[4] Sèdagban Hygin Faust KAKAI, p.21
[5] Cf. Rapport des Sages de l’UA, 2012, p.25
[6] Rapport falaadé, n° 3
[7] Faure Gnassingbé est arrivé au pouvoir en deux étapes : d’abord, «l’armée forte de 12 000 hommes et très influente dans la politique togolaise lui porte au pouvoir contre les textes en vigueur » (Rapport Le Gorée Institute ; 2010 p.24) ; ensuite, il organise des présidentielles très controversées en 2005 qu’il remporte après une disqualification de candidats sérieux de l’opposition.
[8] Entretien réalisé le 11août 2014 à Lomé avec un journaliste, SG d’une organisation de défense de la liberté de la presse et de la protection des journalistes.
[9] Les échauffourées, les intimidations, les menaces, les incendies volontaires, les destructions des biens publics/privées, les incursions sur les lieux saints par les forces de l’ordre, et à coup de matraque et de gaz lacrymogène (comme la mosquée des Tidjianes au Sénégal).
[10] Op.cit
[11] Rapport des sages de l’UA, Op-cit, p.25
[12] Rapport de Goree Institute ; Op-cit, p.25
[13] Rapport de la Mission d’Observation de l’Union européenne
[14] Déclaration lors d’une marche de l’opposition à Lomé

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Le Goree Institute participe au T20 Africa Standing Meeting pour de meilleures relations entre l’Afrique et le G20

Institution panafricaine travaillant dans la recherche (Think Tank) sur les questions des relations entre l’Afrique et le G20, le Goree Institute a été invité à Berlin (Allemagne) du 27 au 31 mai dernier. Il a pris part à la mise en place du Think20 (T20) Africa Standing Group regroupant des institutions africaines, européennes et asiatiques. Le rôle de cette plateforme de recherche est de produire des connaissances et de faire des plaidoyers pour établir des liens plus formels entre l’Afrique et le G20. La rencontre s’est faite en présence du Vice-président de la Commission Africaine, l’Ambassadeur Kwesi Quartey du Ghana.  Elle a mis l’accent sur la nécessité de renforcer les institutions travaillant dans le domaine de la paix et l’appui au renforcement des capacités des institutions de recherche.

Sous la présidence allemande du G20 en 2016 et 2017, le T20 est coordonné par l'Institut Kiel pour l'économie mondiale (IFW) et l'Institut allemand de développement DIE (Deutsches Institut für Entwicklungspolitik), qui a sollicité le Goree Institute.

Si l'interdépendance entre les pays d'Afrique et du G20 est incontestable, leur collaboration gagnerait à être plus transparente et équitable. Ainsi, le T20 rassemble des instituts de recherche et des groupes de réflexion des pays du G20 dans un réseau indépendant et ouvert, qui facilite l'interaction entre ses membres, la communauté des politiques et le grand public. Il élabore des recommandations politiques au sein de groupes de travail thématiques, composés de chercheurs de différents pays du G20, dans les domaines suivants : l’économie numérique, l'Agenda 2030 pour le développement durable, la politique et les finances du climat, le G20 et l'Afrique, l'inégalité mondiale et la cohésion sociale, les migrations forcées, la lutte contre la faim et l'agriculture durable, la résilience financière, le commerce et l'investissement, l'économie circulaire, la coopération internationale en matière fiscale et la résilience et la croissance inclusive. Les recommandations stratégiques des groupes de travail T20, qui soutiennent l'élaboration des politiques du G20, sont disponibles sur la plate-forme G20 Insights.

La rencontre, qui s’est déroulée en marge du G20, avait pour mission la mise en place du T20 African Standing Group porteur des objectifs suivants :

•    appuyer l'Afrique à contribuer activement à l'établissement de normes mondiales par la production de connaissances et la collaboration dans la recherche ;
•    appuyer l'Afrique et le G20 à coopérer sur des initiatives mondiales et renforcer leurs engagements envers l'Agenda 2063 de l'Union africaine et l'Agenda 2030 des Nations Unies ;
•    faire le plaidoyer pour une relation stable entre l'Afrique et le G20 pour l’avenir ;
•    identifier les problèmes les plus urgents à aborder dans la coopération entre le G20 et l'Afrique ;
•    faire le plaidoyer pour un siège complet et permanent pour l'UA au sein du G20 à plus long terme ;
•    soutenir l’engagement des groupes de réflexion T20 et africains de manière régulière ;
•    soutenir les efforts du G20 pour l'investissement privé en Afrique abordant l'intégration intra régionale du marché, l'amélioration du niveau de vie en Afrique et l'intégration de l'Afrique dans l'économie mondiale.

Une session de brainstorming des membres du T20 Africa Standing Group a permis de dégager trois axes dans lesquels s’inscrivent des thématiques plus ciblées, en lien avec l’Agenda 2030 du G20 et l’Agenda 2063 de l’Union Africaine, présentés ci-après :

T20 Africa Standing Group Goree Institute Politique et Environnement social :
- Gouvernance démocratique
- Paix, gouvernance et sécurité (goal 16)
- Santé
- Éducation incluant l’enseignement supérieur

Croissance durable et inclusive :
- Industrialisation et infrastructures
- Niveau d’endettement croissant en Afrique
- Commerce et investissement
- Économie numérique
- Flux fiscaux et financiers illicites
- Économie bleue
- Agriculture, sécurité alimentaire et climat

Gouvernance de la coopération Africaine du G20 :
- Rôle du Development Working Group (DWG)
- Rôle des institutions panafricaines

Ainsi, il s’agira d’informer sur les problématiques en cours et de formuler des recommandations fondées sur des données probantes, en s’adressant principalement aux chefs d’États, ministres et décideurs politiques mais aussi aux institutions comme l’Union Africaine et le G20. Pour ce faire, le T20 Africa Standing Group publiera des policy brief, organisera des conférences et forum pour présenter les recommandations aux décideurs politiques et autres chercheurs et mettra en œuvre ses recommandations à travers des programmes. En outre, la collaboration dans le domaine de la recherche est assurée pour le long terme.

Le Goree Institute s’est proposé de prendre le leadership de la thématique gouvernance démocratique et de s’engager à travailler sur le volet paix, gouvernance et sécurité.

T20-Africa-Standing-Group-Goree-InstituteEn marge de la réunion constitutive du T20 Africa Standing Group, le Goree Institute a participé à différents panels du sommet T20 Global Solutions, forum regroupant acteurs du monde politique, de la société civile, du milieu académique, du secteur privé et du gouvernement allemand, mais aussi de fondations.

Le Think 20 Summit 2017 – Global Solution est mandaté par la présidence allemande du G20 et a pour objectif de leur proposer 20 solutions globales. Il se concentre sur les sujets du G20, tels que l’économie numérique, la politique et les finances, le climat, les migrations et les réfugiés. Le Sommet transmet aux décideurs internationaux les recommandations et les visions des groupes de travail T20 nouvellement créés.

Comme le T20 Africa Standing Group, le travail du sommet du T20 Global Solutions est basé sur la recherche indépendante, en mettant l'accent sur les faits, les connaissances et l'expérience pratique. La recherche de pointe sous-tend toutes les sessions. Il s’appuie sur le réseau intellectuel du Forum économique mondial (GES). Le sommet T20 Global Solutions est présidé par Dennis J. Snower, président de l'Institut Kiel pour l'économie mondiale (IfW) et Dirk Messner, directeur de l'Institut allemand de développement / Deutsches Institut für Entwicklungspolitik (DIE), qui coprésident le groupe de travail T20 think tank pour la présidence allemande du G20.

Le Goree Institute, membre d’un réseau fort de réflexion de dimension internationale, assurera la direction du groupe de travail sur la Gouvernance démocratique s’appuyant sur l’agenda 2063 de l’Union Africaine et l’agenda 2030 du G20. Il conforte ainsi ses objectifs en respectant ses valeurs, d’œuvrer pour le renforcement du dialogue politique, l’enracinement de la paix et l’avènement d’une Afrique juste, paisible et autosuffisante.

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