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Depuis ces trois dernières années, le Gorée Institute s’est activement investi pour contribuer à renforcer le rôle des médias dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix en Afrique de l’Ouest. Dans le cadre du projet « Médias et conflits en Afrique », l’Institut organise chaque année à l’intention des experts et des praticiens du secteur une session de renforcement des capacités et d’échange d’expériences en vue de l’amélioration de la couverture médiatique des conflits en Afrique de l’ouest. La quatrième édition s’est tenue cette année, du 2 au 4 novembre 2016, sous le thème : « La liberté de la presse et la responsabilité des médias dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix en Afrique de l’Ouest ». A cette occasion, une vingtaine de journalistes ouest-africains se sont réunis sur l’île de Gorée, représentant les organisations, organes de régulation et corporations syndicales de médias des 09 pays suivants : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée, Guinée Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo.

Après un aperçu synoptique des conflits en cours dans la sous-région ouest-africaine, permettant de poser la problématique générale des conflits et leur impact aux plans sociopolitique et économique,  les travaux ont été axés sur les insuffisances inhérentes au fonctionnement des médias, mais aussi les contraintes pesant sur la liberté de la presse en temps de conflit.

Parce qu’elle relève d’enjeux considérables, d’ordre sécuritaire, éthique, économique ou stratégique, le lien entre la liberté de la presse et la prévention des conflits soulève des questions  et des préoccupations dont certaines ont fait l’objet d’une attention particulière lors des échanges. Quel rôle les médias libres et autonomes doivent-ils jouer quand il s’agit d’informer sur un conflit ou de médiatiser une guerre ? Quelle posture doivent-ils adopter pour mieux s’assurer de la qualité de l’information ? Comment préserver cette liberté d’informer les citoyens dans un contexte ouest-africain marqué par des menaces sécuritaires de tous genres, tout en  continuant d’assurer la responsabilité des médias dans la prévention des conflits et la consolidation de la paix ? Les journalistes et professionnels de médias sont-ils suffisamment outillés en matière d’analyse des situations de conflits pour différencier la propagande de l’information ?

Les bénéficiaires de cet atelier savaient certainement qu’à l’instar de toute autre forme de liberté, celle de la presse a des limites objectives.  Il va sans dire que « la liberté est toujours soumise à une certaine conditionnalité », et le secteur des médias ne peut être une exception à cette norme sociale. Les modules administrés, les exercices pratiques et les expériences partagées durant ces trois  jours ont pour valeur ajoutée de préciser les contours et les pré-requis pour assurer la liberté de la presse à la fois en période de stabilité ou d’instabilité, de fournir aux participants les outils dont ils ont besoin pour mieux analyser les conflits, en décrypter les causes, identifier les acteurs et leurs intérêts. Ils ont également permis aux participants de s'interroger sur les comportements professionnels antinomiques aux principes de la liberté et de la responsabilité sociale des médias.

Au terme des travaux, des  recommandations et engagements ont été retenus, notamment la volonté de pérenniser et de décentraliser ce genre de formation pour une meilleure pratique journalistique en Afrique de l’ouest. On peut également citer la nécessité de poursuivre le plaidoyer pour la participation des médias à la prévention des conflits et la consolidation de la paix en Afrique.