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L’accès à l’éducation et à l’emploi, le taux de chômage, le revenu, etc. : bien des aspects attestent la disparité entre les genres, et toujours au détriment des femmes. Leur implication en politique est paradoxalement d’autant plus important et plus difficile. Qu’en est-il au Sénégal ? C’est la question soulevée lors de cette Table ronde, organisée en partenariat entre le Goree Institute et l’Ambassade du Canada.


La Professeure Fatou Sow Sarr, Maître de conférence à l’IFAN, a ouvert le débat en s’interrogeant sur les dynamiques porteuses d’évolution pour une meilleure participation des femmes dans les secteurs politique, économique et social. Elle a d’abord souligné le manque d’autonomie financière des femmes, notamment dans le monde rural : sans accès à la propriété terrienne, les femmes travaillent toujours pour le compte d’un homme. Cette discrimination due au genre se retrouve en politique. Si la loi sur la parité est un acquis irréversible et positif, Fatou Sow Sarr regrette cependant le pouvoir minimal que les femmes détiennent en politique : soumises aux partis politiques auxquelles elles adhèrent, les femmes au Parlement ne proposent pas de projets de loi sociale, qui défendraient pourtant leurs droits. « Les femmes apportent leurs contributions mais il faut s’inscrire dans une démarche solidaire de long terme pour constater leurs impacts », explique-t-elle. Ces leviers stratégiques qui permettraient de défendre la parité et d’articuler l’indépendance économique et politique des femmes ont été sujets à débats avec l’ensemble des participants.


L’analyste électoral Ndiaga Sylla s’est ensuite concentré sur la mise en place et l’effectivité de la loi sur la Parité. Cette loi s’inscrit dans un contexte politique et démographique précis, caractérisé par la longue tradition du vote et la majorité féminine au Sénégal. La promotion politique des femmes fut permise par leur propre mobilisation, qui aboutit à l’établissement d’un quota de 30% des femmes aux investitures. Cependant, une première réforme en 2007 ne put aboutir : soutenue par les mouvements féministes et adoptée par l’Assemblée Nationale, un groupe de députés de l’opposition parvint à la faire invalider par le Conseil

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Constitutionnel. Trois ans plus tard, un nouveau projet de loi sur la parité fut adopté, et la loi promulguée. Cette loi est applicable pour les élections des députés, des Hauts conseillers des collectivités territoriales et des conseillers départementaux et municipaux, et peut être un motif d’irrecevabilité d’une liste électorale. La parité, combat pour l’égalité, n’est cependant pas une simple question de chiffre : le positionnement des femmes élues, sous un regard qualitatif, reste inférieur à celui de hommes. Ndiaga Sylla déplore ainsi : « Malgré la mobilisation récurrente des femmes en politique, notamment lors des manifestations, leur présence n’est pas traduite aux seins des instances politiques ». Or, les décisions peuvent être orientées dans la satisfaction des préoccupations spécifiques aux femmes : si un choix se présente entre la construction d’un stade ou d’une maternité, la présence de femmes qui sensibiliseront sur leurs priorités est fondamentale pour la société dans son ensemble. Si la parité est respectée au Sénégal au niveau quantitatif, « il est difficile de faire une évaluation sans disposer de données d’études. Cette table ronde doit permettre la mise en place des mécanismes pour mesurer l’impact de cette loi », déclare l’analyste électoral. Il dénombre ainsi trois limites :

-    d’ordre juridique : la loi s’applique seulement aux scrutins de listes et aux nombres pairs ;
-    d’ordre culturel et religieux avec des réticences dans certaines localités, notamment Touba ;
-    la dépendance et la volonté politique, avec le pouvoir de nomination et celui d’initier les lois qui revient davantage aux hommes.


Si le Sénégal reste un pays exemplaire en terme de parité à l’échelle international, il lui faut à présent passer de la parité politique à la parité économique et sociale.

Ce dernier pointRSZ_IMG_1485.jpg fut traité par Mme Diago Diagne Ndiaye, représentante du Réseau paix et sécurité des femmes de l'espace CEDEAO (REPSFECO), qui élargit la thématique à la contribution des femmes sur la diversité, l’inclusion et l’environnement. Elle a rappelé qu’il s’agissait d’une priorité du Plan Sénégal Émergent (PSE), abordée dès son premier axe, tout en constatant les écarts entre sa théorisation et sa mise en pratique : « Il y a des disparités à tous les niveaux : dans les processus électoraux, dans les institutions judiciaires et dans les institutions en charge du développement », souligne-t-elle. Les défis sont multiples : accès à la politique, à la terre, au crédit, aux infrastructures, à une formation de qualité, aux technologies de l’information et de la communication, la liste est longue. Cette Table ronde s’avère donc d’une réelle nécessité pour défendre l’égalité entre hommes et femmes. Dans les années 1990, il y avait déjà plus de 20 000 organisations de femmes au Sénégal. Entre 2008 et 2012, 56,2% des femmes étaient alphabétisées : si ce taux a augmenté, il reste de loin inférieur à celui des hommes. Le travail à opérer en ce sens est vaste et doit être pensé sur le long terme, porté par un langage fédérateur et une synergie entre les différentes parties prenantes.

Françoise Nduwimana, spécialiste principale en égalité entre les sexes à l'Ambassade du Canada, présidait cette session qu'elle a ainsi pertinemment conclut : « L’inclusion doit être pérenne, effective et résiliente, avec des mesures politiques prenant en compte les dimensions culturelles, religieuses, sociales ».


Nathalie O’Neil, chargée des affaires de l’Ambassade du Canada, a abordé l’impact financier des inégalités : en Afrique, il y a chaque année plus de 100 milliards de dollars de perte due à l’exclusion des femmes. S’interrogeant sur le suivi effectif de la mise en place des politiques publiques au Sénégal par les femmes, elle a souligné le besoin de renforcement des capacités : pour les femmes en politique d’une part, et pour les hommes en civisme d’autre part. M. Doudou Dia, directeur exécutif du Goree Institute, a proposé une continuité de la Table ronde via les programmes transversaux de Gouvernance démocratique et processus électoraux et Femmes, Paix et Sécurité.