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Cette étude vise à effectuer une description exhaustive des conflits en cours ou latents, ainsi  qu’une revue des facteurs « conflictogènes » propres à chacun des Etats de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

En analysant les dynamiques actuelles liées aux enjeux sécuritaires dans dix pays de la CEDEAO, cet ouvrage constitue un recueil d’informations détaillées permettant de comprendre les systèmes de conflits, pour permettre aux administrations étatiques ou celles des institutions non gouvernementales d’agir en conséquence. 

Cinq grands enjeux sécuritaires communs à l’ensemble des Etats étudiés sont mis en exergue : la paix et la sécurité aux frontières, la criminalité et les trafics illicites (drogues, armes, êtres humains, ressources naturelles) ; le respect des droits de l’homme et la situation humanitaire ; la réforme du secteur de la sécurité (RSS) et les conflits liés à l’exploitation des ressources naturelles.

Commanditée par le Goree Institute, cette étude a été présentée par deux chercheurs du GRIP[1] (Marc MEMIER et Michel LUNTUMBE) lors du 3ème  symposium régional de Goree Institute intitulé « Défis de la sécurité et de la gouvernance en Afrique de l’Ouest » qui s’est tenu sur l’île de Gorée les 28 et 29 novembre 2012.

Les conflits en Afrique de l’Ouest ont pour la plupart des caractéristiques communes : ce sont généralement des conflits intra-étatiques qui voient s’affronter des acteurs non gouvernementaux utilisant des formes extrêmes de violence contre la population civile. Les causes de ces conflits trouvent leurs origines dans une multiplicité de facteurs, dont trois essentiels qui affectent les Etats de la sous-région : une fragilité étatique, écologique et sociodémographique, tout cela dans un contexte de grande pauvreté. A ces menaces structurelles et historiques, s’additionne toute une série de dangers ; telles que le terrorisme, la criminalité transfrontalière et les trafics ou encore la piraterie maritime.

A travers cette étude, il est essentiel de comprendre l’importance des enjeux transnationaux, la notion de « système de conflits » semble être, pour les auteurs, la méthodologie et la terminologie la plus adaptée.

Un « système de conflits » se définit comme  « un ensemble de confits,  de causes, de formes et de territorialités distinctes, qui s’articulent et s’alimentent sous l’effet de leur proximité, de leurs évolutions ou des alliances tissées par des acteurs divers donc les intérêts convergent »[1]. Cette approche offre une grille de lecture novatrice ainsi que des pistes pour des politiques préventives et régulatrices sous régionales.

Le système de conflits de l’Union du Fleuve Mano (Côte d’Ivoire, Guinée-Conakry)Carte Afrique de louest

L’Union du Fleuve Mano (UFM) est une organisation sous régionale créée en 1973 par les présidents de la Sierra Leone (Siaka Stevens) et du Liberia (William Tolbert Junior) dans le but de promouvoir les échanges commerciaux entre ces deux pays. La Guinée a rejoint l’union en 1980, suivie par la Côte d’Ivoire en 2008. Elle tire son nom du fleuve Mano qui prend sa source aux Monts Nimba en Guinée et délimite ensuite la frontière entre le Liberia et la Sierra Leone. Les bases de ce conflit régional peuvent être analysées par deux prismes : la conquête du pouvoir et l’accès aux ressources naturelles.

Le système de conflit de l’UFM est caractérisé par la prolifération du nombre d’acteurs (forces armées, groupes rebelles, milices, mercenaires, forces de maintien de la paix) ainsi que par la multiplication des niveaux d’actions (local, national, régional, international). Par ailleurs, la proximité des groupes de populations au plan ethnique et religieux, la prolifération d’armes légères et de petits calibres, la porosité des frontières, la mobilité physique et idéologique des combattants et les mouvements de réfugiés contribuent à perpétrer un cycle de violence qui se déplace de pays en pays. A cet égard, Michel Galy parle d’une « guerre nomade » qui tourne depuis 1989 autour d’un axe allant de la Côte d’Ivoire à la Sierra Leone [1]Malgré une situation qui s’arrange, l’insécurité y reste très présente, ce qui pose notamment des problèmes autour du retour des réfugiés, de la justice transitionnelle et de la lutte contre l’impunité.


Le système de conflits sénégambien (Sénégal, Guinée-Bissau, Gambie)

Le système de conflits de la zone trouve son épicentre dans la région naturelle de la Casamance, par sa frontière commune avec la Guinée-Bissau, l’inclut également au conflit. La région est marquée par l’activisme intermittent d’un groupe armé indépendantiste, le Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC) fondé en 1982.

Si le conflit casamançais est d’abord une crise interne, ses répercussions affectent rapidement les Etats frontaliers que sont la Gambie et la Guinée-Bissau. Différents enjeux sécuritaires interagissent, tels que le trafic de drogue, la criminalité transfrontalière, l’instabilité politique etc. La dimension sous régionale et transnationale du conflit casamançais rend la coopération nécessaire entre les trois Etats de la zone pour un règlement durable du conflit.


Le système de conflits sahélo-saharien (Mali, Niger, Burkina-Faso)

Au-delà de la fragilité due au contexte écologique, ces trois Etats (Mali, Niger, Burkina-Faso) partagent une série de caractéristiques socioculturelles et structurelles communes, déterminantes pour comprendre son système de conflits. L’épicentre du système de conflits sahélo-saharien se situe entre la Mauritanie, l’Algérie, le Mali et le Niger, région notamment marquée par la rébellion touareg menée par le Mouvement National de Libération de l’Azawad (MNLA). Mais qui s’est aussi vue confrontée à la poussée vers le sud des djihadistes algériens d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI). La crise sahélo-saharienne trouve ses bases dans l’abandon par les pouvoirs publics de cette zone combinée à l’effondrement de l’ordre institutionnel au Mali. En effet, l’impact conjoncturel de la crise libyenne a mené de manière inévitable à la montée en puissance d’un islam politique et de l‘influence croissante de courants religieux rigoristes.


Le système de conflits du Golfe de Guinée (Nigeria, Bénin)

Dans sa définition la plus large, le Golfe de Guinée recouvre une zone géographique qui s’étend de l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique centrale. Cependant, pour les besoins de l’étude les auteurs ont focalisé leur approche sur la partie ouest-africaine du Golfe de Guinée. On entendra ici par Golfe de Guinée l’espace géographique plus restreint qui va de la Côte d’Ivoire au Ghana, du Togo au Bénin, du Nigéria à la péninsule de Bakassi.

C’est une zone où il y a une forte concentration de populations et d’activités. Par sa configuration générale le Golfe de Guinée est un espace géopolitique ouvert sur le monde, ce qui permet les échanges, mais est un facteur important d’insécurité et de vulnérabilité. Elle est par ailleurs, la première région pétrolière en Afrique. Le système de conflits du Golfe de Guinée est notamment caractérisé par la multiplication des attaques et des actes de piraterie dans les eaux sous régionales. L’essor de la piraterie s’explique par plusieurs facteurs dont la paupérisation de la population de la sous-région, la faiblesse des institutions étatiques et des dispositifs de surveillance des côtes, la circulation des armes, etc.  Les groupes qui en sont responsables, disposent de moyens d’opérer de plus en plus importants. Cette situation a donc créé un vide sécuritaire exploité par différents réseaux de criminalités. La sous-région est également marquée par des affrontements à connotation « ethnico-religieuse » notamment au Nigéria, où le mouvement fondamentaliste Boko Haram est fréquemment responsable d’attaques meurtrières. Le Golfe du Guinée doit donc faire face à la criminalité organisée, les rébellions politiques et le fondamentalisme terroriste.

Conclusion générale

Les foyers d’instabilité en Afrique de l’Ouest sont les produits d’un ensemble de facteurs interdépendants les uns aux autres : le champ politique, historique, économique, socioculturel et environnemental. Bien qu’enraciné à des logiques locales ou nationales, ils s’inscrivent dans des complexes conflictuels bien plus larges à dimension régionale. Le nombre grandissant d’acteurs accentuent à son tour les tensions. En effet, les systèmes de conflits ouest-africains portent les conditions de leur propre reproduction.

Le livre Système de conflits et enjeux sécuritaires en Afrique de l’Ouest est disponible au Goree Institute.

 

À lire aussi : Rapport sur les enjeux sécuritaires en Afrique de l’Ouest : focus sur le Burkina Faso, la Guinée-Bissau et le Sénégal


[1] Groupe de Recherche et d’Information sur la Paix et la Sécurité

[1] R. Marchal, « Liberia, Sierra Leone et Guinée ; Une guerre sans frontières ? », C. ERO, M. Ferme, Politique Africaine, n88, 2003 in Goree Institute, Systèmes de conflits et enjeux sécuritaires en Afrique de l’Ouest, 2012

[1] M. Galy « De la guerre nomade sept approches du conflit autour de la Côte d’Ivoire », Culture et Conflits N°55, p163-196 in Goree Institute, Systèmes de conflits et enjeux sécuritaires en Afrique de l’Ouest, 2012

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