JEUNESSE ET CITOYENNETÉ

Se former pour transmettre : les jeunes leaders racontent l’impact du Power of Dialogue

Que deviennent les alumni du Power of Dialogue (POD) après leur passage à Gorée, notamment au Gorée Institute Youth Leadership Academy (GYLA) ? La réponse se trouve désormais dans les initiatives qu’ils portent, les espaces de décision qu’ils investissent et les jeunes qu’ils accompagnent à leur tour. Leurs parcours illustrent ainsi un impact qui dépasse largement le cadre de la formation. Les parcours que nous allons présenter ici n’en sont que quelques exemples parmi les nombreuses trajectoires façonnées par le programme, à travers lesquelles se dessine la diversité de son impact.

Pour Gatta Koulibaly, journaliste et présidente de l’association Alternatives Citoyennes pour la Transformation et l’Émancipation (ACT), le POD a d’abord été une expérience de renforcement personnel. Leadership, communication, plaidoyer, compréhension des processus électoraux…autant d’acquis qui ont progressivement muri son engagement citoyen. Mais l’apprentissage ne s’est pas arrêté à la formation. Il a contribué à faciliter la création d’ACT, lancée en avril 2026, qui mène aujourd’hui des actions de sensibilisation, de formation et de mobilisation des jeunes autour de la citoyenneté, de la paix et de la gouvernance. « Le programme Power of Dialogue a renforcé mon leadership, ma confiance en moi ainsi que mes compétences en plaidoyer et en mobilisation citoyenne », témoigne la jeune journaliste dont le parcours illustre l’une des principales ambitions du programme qui est de transformer les capacités individuelles en capacité d’agir.

Comme pour la jeune malienne, cette transformation prend une dimension particulièrement concrète dans le parcours du jeune sénégalais Dame Bèye, Secrétaire général national du Rassemblement pour le Socialisme et la Démocratie et conseiller municipal à la mairie de Ziguinchor. Le programme POD a permis à Dame de mieux comprendre les processus électoraux, mais également de réfléchir à la manière dont les jeunes peuvent s’organiser et prendre leur place dans les instances de décision. « Ce programme m’a permis en tout cas d’avoir l’estime de soi, mais également la confiance en soi », a-t-il confié. De son engagement politique à son accession au conseil municipal, Dame Bèye voit dans ce parcours une étape déterminante de sa trajectoire. Son expérience montre que la participation des jeunes ne peut être réduite à leur mobilisation lors des élections, mais implique aussi leur présence effective dans les espaces où se prennent les décisions.

 Au Burkina Faso, Edmonde Kaboré, jeune activiste et présidente du Conseil d’administration de l’association La Fille Web, retient surtout le caractère transformateur du programme. L’expérience l’a amenée à dépasser la seule critique pour davantage réfléchir aux actions concrètes à mettre en œuvre dans sa communauté. L’immersion à Dakar et les échanges avec d’autres jeunes de la sous-région ont notamment permis de faire mûrir une initiative en faveur de la participation des jeunes filles et des femmes au développement communautaire. Cette dynamique a contribué à la mise en place de WAPA – Women Acting for Peace Action, qui vise notamment à renforcer les connaissances et les capacités des jeunes filles sur les questions de paix et les Résolutions 1325 et 2250.

Au Niger, Moussa Haladou Mahamadou témoigne d’un effet similaire sur son organisation. Les acquis du POD ont notamment contribué au développement d’une École de la Citoyenneté, d’une École des Droits humains et d’initiatives de renforcement des capacités des jeunes acteurs de la société civile.

L’impact du Power of Dialogue se mesure aussi à sa capacité à se multiplier. Au Mali, Samerou Diallo, Coordonnateur national de Democracy 101 a participé à une formation de formateurs avant de restituer les acquis auprès d’autres jeunes. « On apprend ce qui est de la théorie à Gorée et, de retour dans nos pays respectifs, on doit mettre ça en valeur en faisant de la pratique », souligne celui qui, avec son organisation, a contribué à la mise en place de viviers de jeunes dans plusieurs localités maliennes autour du leadership, du renforcement des capacités et de la prévention des conflits.

C’est cette logique de transmission qui caractérise également le parcours de Zeina Mohamed Ali, Coordonnatrice de l’AJLPSS. Formée au leadership politique et à la prévention des conflits dans le cadre du POD, elle a, depuis, accompagné et formé plus d’une centaine de jeunes leaders au Mali, tout en participant aujourd’hui à une dynamique régionale au Sénégal, au Niger et au Burkina Faso. « Renforcer les capacités de ces groupes est la seule voie viable vers une gouvernance durable, inclusive et transparente dans notre région », nous dit-elle.

Ces différents parcours laissent comprendre que la formation peut devenir une action qui peut se muer en transmission qui, à son tour, peut créer de nouveaux réseaux de jeunes acteurs du changement. Avec la création d’associations, l’engagement politique, les initiatives pour la paix et les droits des femmes, la formation de nouveaux leaders et le développement de réseaux sous-régionaux, les trajectoires des alumni montrent que l’impact d’un programme ne se mesure pas seulement au nombre de personnes formées, mais à ce qu’elles font ensuite de leurs acquis. Ainsi, l’une des forces du POD se trouve dans cette capacité à former, à mettre en mouvement et à transmettre. Autrement dit, accompagner des jeunes leaders qui, à leur tour, contribuent à renforcer la citoyenneté, la gouvernance inclusive, la cohésion sociale et la paix dans leurs communautés.