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Relier les acteurs locaux de la paix à travers le Sahel — société civile, chefs traditionnels et religieux, médiateurs communautaires, femmes et jeunes leaders — pour qu’ils dialoguent, apprennent les uns des autres et portent leurs solutions jusqu’aux décideurs nationaux et régionaux.
Le Sahel fait face à des défis politiques, sécuritaires, sociaux et de gouvernance qui se nourrissent les uns les autres : conflits locaux liés à l’accès à la terre et aux ressources naturelles, tensions intercommunautaires, montée de l’extrémisme violent, exclusion des jeunes et des femmes, perte de confiance dans les institutions, et des effets du changement climatique qui aggravent le tout.
Sur le terrain, les acteurs locaux — organisations de la société civile, chefs traditionnels et religieux, médiateurs communautaires, initiatives de femmes, groupes de jeunes, chercheurs, autorités locales — jouent pourtant un rôle décisif dans la prévention de la violence et la résolution des conflits. Mais leurs efforts restent fragmentés : aucun réseau régional ne les relie, ne leur permet d’échanger leurs pratiques ni de réfléchir ensemble aux dynamiques de conflit qui émergent. Or une paix durable ne peut reposer sur les seules réponses militaires ou centrées sur l’État.
Le Gorée Institute propose donc l’initiative RISE-Dialogue — Intégration régionale au service de la stabilité, de l’engagement et du dialogue : bâtir un réseau inclusif de dialogue, de partage des connaissances et de co-création entre les acteurs locaux de la consolidation de la paix, en s’appuyant sur les architectures de paix existantes aux niveaux local, national et régional. Le projet est conduit dans le cadre d’un accord de financement avec la GIZ, pour le compte du ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ).
Objectifs
RISE-Dialogue vise à renforcer le dialogue multipartite régional et la coopération entre les acteurs locaux de la paix au Sahel, afin de promouvoir la cohésion sociale, la prévention et la résolution inclusives des conflits, et la résilience des communautés. Pour cela, il s’agit de :
- recenser les principales parties prenantes et initiatives engagées dans la prévention des conflits locaux, la médiation et le dialogue intercommunautaire, et jeter les bases d’un réseau régional ;
- mettre en place ce réseau multipartite, pour faciliter le partage d’expériences, l’apprentissage entre pairs et la coopération ;
- renforcer les capacités de ses membres — jeunes et femmes leaders, société civile, chefs traditionnels et religieux, médiateurs communautaires — en facilitation du dialogue, médiation, programmation sensible aux conflits et leadership ;
- ouvrir un dialogue entre acteurs locaux, nationaux et régionaux pour élaborer ensemble des solutions durables, qui libèrent le potentiel de la prévention des conflits au niveau local.
Six pays, deux phases
Le projet couvre six pays du Sahel : le Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Tchad. La première phase, de septembre à décembre 2026, porte sur la cartographie des acteurs et les premières consultations nationales ; une seconde phase, envisagée à partir de janvier 2027, doit donner naissance au réseau et à ses activités.
La démarche
La démarche est séquentielle, participative et inclusive : elle part des données du terrain, les transforme en solutions concrètes par la formation et le dialogue, puis en recommandations adressées aux institutions.
Cartographier les acteurs et les dynamiques de conflit
Une cartographie régionale de 50 à 70 acteurs et initiatives de consolidation de la paix, assortie d’une analyse des dynamiques de conflit, est réalisée et validée dans les six pays : analyse documentaire, consultations sur le terrain, étude des relations et des coopérations entre acteurs. Elle s’étend au-delà des seuls acteurs de la paix et de la sécurité, vers ceux qui travaillent sur l’environnement — coopératives agricoles, spécialistes de la gestion de l’eau et des terres, organisations engagées dans l’adaptation au changement climatique. Des consultations nationales et des rencontres avec les autorités des six pays en valident les premiers résultats.
Bâtir un réseau régional de dialogue
À partir de cette cartographie, le réseau régional RISE-Dialogue est co-créé avec ses membres : rôles et responsabilités, base de données régionale des parties prenantes, plateforme de collaboration, plan d’action. Un forum régional de dialogue réunit les acteurs des six pays, prolongé par des sessions thématiques sur les mécanismes locaux de prévention et de résolution des conflits qui ont fait leurs preuves.
Renforcer les capacités des artisans de la paix
Au moins 40 acteurs locaux, dont la moitié au moins de femmes et de jeunes, sont formés lors d’ateliers régionaux : facilitation du dialogue, approches sensibles aux conflits, sécurité humaine, médiation, analyse des conflits, dialogue transfrontalier. Mentorat, accompagnement entre pairs et webinaires prolongent ces formations.
Faire entendre les voix sous-représentées
Une table ronde régionale donne la parole aux jeunes, aux femmes leaders et aux autres groupes souvent laissés pour compte, face aux décideurs politiques et aux institutions régionales. Elle doit aboutir à une déclaration, « Artisans de la paix locaux, jeunes et femmes pour le Sahel », qui porte leurs priorités et leurs recommandations.
Produire des connaissances et peser sur les politiques
Le projet publiera un rapport de cartographie, deux rapports sur les dialogues, trois notes d’orientation et une publication sur les enseignements tirés. Ils seront présentés et discutés avec les gouvernements, la CEDEAO, l’Union africaine, les Nations unies, la Plateforme de coopération du Sahel et les associations régionales de villes et de communes, pour que les solutions issues des communautés trouvent leur place dans les politiques publiques.
Les principes
- Ne pas nuire : chaque activité tient compte des contextes de conflit, pour ne pas exacerber les tensions existantes.
- Inclusion et égalité : les femmes et les jeunes sont associés à chaque étape, conformément aux résolutions 1325 et 2250 du Conseil de sécurité des Nations unies.
- Ancrage local et régional : les solutions proposées s’alignent sur les stratégies de l’Union africaine, gage de leur pérennité.
- Le lien entre humanitaire, développement et paix : la raréfaction des ressources — désertification, accès à l’eau, à la terre et aux pâturages — est traitée comme une cause des conflits, et non comme leur seule conséquence ; foncier et transhumance figurent parmi les thèmes des dialogues.