Masterclass de Doudou DIA : refonder les États du Sahel par un nouveau pacte social et générationnel

L’un des moments phares de la dernière journée de la 6ᵉ édition du Forum de la jeunesse de Niamey a été la masterclass de Doudou DIA, Directeur exécutif du Gorée Institute. Son exposé, intitulé « Jeunesse sahélienne et refondation des États : vers un nouveau pacte social et générationnel », a permis aux jeunes participants de mieux comprendre le rôle stratégique de leur génération dans la transformation politique et sociale du Sahel.

Dans un exposé au format assez particulier, le Directeur de l’Institut panafricain a retracé les grandes étapes de l’engagement des jeunes sahéliens, depuis les mobilisations historiques souvent marginalisées par les régimes autoritaires, jusqu’au renouveau démocratique des années 1990 et 2000. Selon lui, ce parcours a parfois conduit au désenchantement, mais il a aussi favorisé l’auto-organisation et la créativité d’une génération désireuse d’influencer réellement les décisions publiques.

Aujourd’hui, les jeunes explorent de nouvelles formes d’engagement telles que l’activisme numérique, les mouvements citoyens non partisans, les initiatives communautaires, l’entrepreneuriat social et politique, ou encore participation électorale repensée. Cette diversité d’actions illustre, à en croire M. DIA, leur volonté d’être acteurs du changement et non simples spectateurs.

Face aux crises économiques et sociales, à l’insécurité et aux tensions intercommunautaires, Doudou DIA plaide pour une refondation urgente des États sahéliens. À l’occasion de la dernière journée de cette 6e édition du Forum de Niamey, il a proposé un passage d’un État administrateur à un État partenaire, capable de co-construire des politiques avec les jeunes et toutes les générations.

Le Directeur du Gorée Institute a toutefois souligné les obstacles structurels persistants qui onyt pour noms institutions peu inclusives, rares espaces de dialogue intergénérationnel, méfiance entre élites et jeunes, et insécurité limitant les initiatives publiques. Néanmoins, il note l’émergence de dynamiques positives telles que les réseaux de jeunes, les laboratoires d’idées, les initiatives locales et la transformation digitale qui, estime-t-il, ouvrent de nouvelles voies de participation.

Pour Doudou DIA, le pacte social actuel ne répond plus aux aspirations des jeunes en matière de justice, de participation, de sécurité et de dignité économique. Il est ainsi convaincu que le nouveau pacte sahélien doit reposer sur la participation des jeunes aux décisions publiques, l’équité générationnelle, la justice sociale, la valorisation des savoirs locaux et la modernité numérique, ainsi que sur une responsabilité partagée entre l’État, les communautés et les citoyens, avec une place centrale pour la sécurité humaine.

M. DIA a profité de sa présentation pour inviter la jeunesse sahélienne et ouest africaine en général à être à la fois acteur d’innovation sociale et économique, producteur de visions et gardien du nouveau contrat social. Ainsi, pour réussir, elle doit développer des compétences en leadership transformationnel, éducation civique et politique moderne, maîtrise des outils numériques et capacité de médiation. Les actions prioritaires incluent, selon lui, la création de coalitions nationales et régionales de jeunes, le développement de laboratoires d’idées, la formation des jeunes leaders, l’inclusion des jeunes femmes dans les espaces décisionnels et le recours aux réseaux régionaux et à la diaspora.

Dans sa conclusion, Doudou DIA a insisté sur le rôle primordial de la jeunesse dans la refondation des États sahéliens. « La jeunesse n’est pas seulement un futur, c’est un présent en mouvement », a-t-il souligné, ajoutant que le Sahel pourrait devenir un laboratoire mondial de renouveau politique si les jeunes étaient pleinement intégrés à ce processus.