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 Conflit et paix en Casamance, Dynamiques locales et transfrontalières, Gorée Institute, 2015

livre conflit casamance 2Le présent manuel procède d’une démarche de compréhension d’un conflit long de trois décennies. Chercher à analyser la géopolitique du conflit, n’est-ce pas déjà entrevoir sa résolution ?

Cette recherche amène un certain nombre de réalités propres à l’espace qui ne sont pas souvent soulignées dans les publications qui traitent du conflit casamançais. Tous les intervenants de ce livre sont  des experts dans leur domaine vivant au cœur du conflit en Casamance (Université Assane Seck de Ziguinchor) ou subissant les conséquences de celui-ci (INEP de Guinée Bissau et Université de Banjul).  Le Gorée Institute, en initiant ce projet avec ces acteurs-observateurs, a choisi d’ouvrir les espaces de dialogues dans la situation conflictuelle que vit actuellement la Casamance.

Dans la tentative de résolution de conflit, la compréhension de celui-ci semble majeure. Pourtant, ici, elle semble être difficile, tant le conflit casamançais est le résultat d’une pluralité de facteurs se croisant les uns aux autres. Il est à la fois identitaire, religieux et politique.

La première analyse effectuée s’intéresse aux conséquences de la cartographie coloniale qui a produit au Sénégal l’apparition de deux pôles économiques : la mégalopole dakaroise et le bassin arachidier. Les difficultés économiques qu’ont connu le bassin arachidier ont réduit les territoires situés le long du fleuve Sénégal en foyers de migrants vers le Sénégal « utile ».  L’héritage colonial a donc perCarte Sénégalmis les disparités de développement, occasionnant alors la naissance de « deux Sénégal ». Aujourd’hui, certains rejettent complètement les frontières hérités de l’empire colonial.

Le déclenchement de la crise casamançaise en 1982 a ainsi révélé une mauvaise gouvernance des régions frontalières par l‘État sénégalais qui a été accentuée par une volonté de séparatisme, dont des rumeurs faisaient état d’un accord entre les fondateurs du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC) dirigé par les fondateurs Émile Badiane, Ibou Diallo, Édouard Diatta et l’État. La gestion de la Casamance est au cœur des revendications, la population accusant l’administration sénégalaise de mauvaise gouvernance et d’être à l’origine du sous-développement délibéré de la région. 

L’enclavement géographique dont elle est tributaire rend la Casamance d’autant plus sujette aux situations conflictuelles. Même si à son déclenchement en 1982, le conflit a été considéré par les autorités sénégalaises comme une question purement interne, sa situation particulière, prise en étau entre la Gambie et la Guinée-Bissau, en fait un conflit régional. Les frontières avec la Gambie et la Guinée Bissau sont sources de tensions et en font un véritable espace de désaccords et d’affrontements, chacun des trois s’affrontant pour la possession de la Casamance. Son peuplement et son histoire sont les mêmes que ceux de la Gambie et de la Guinée Bissau actuelles, des raisons économiques et politiques venant s’agréger aux restes. Ainsi, ces deux États voisins du Sénégal servent de bases de repli à la rébellion et instrumentalisent le conflit pour contrecarrer les nombreux désaccords que possède l’État sénégalais à leurs égards, chacun voulant contrôler le marché de la Casamance, véritable grenier naturel. Le trafic de bois et de bétail sont devenus alors de véritables enjeux, le premier étant source de conflit, car la Gambie s’approvisionne sans limite en Casamance suite à un accord établi entre le gouvernement sénégalais et le MFDC, dans le but d’apaiser les tensions.  Les vols de bétails quant à eux, sont réguliers, et deviennent alors des sources de tensions au sein des communautés transfrontalières.

La question foncière est liée au contexte religieux, culturel et écologique. Chez les Joola, la terre est sacrée, ce qui explique l’attachement viscéral des populations à celle-ci. Enfin, la crise écologique n’a fait qu’exacerber le conflit, notamment avec la salinisation des terres fertiles, qui a entrainé une rareté de celles-ci ainsi qu’une baisse de la production. Enfin, l’incohérence de la loi avec les coutumes sur l’attribution des terres accentue une situation déjà très conflictuelle.

Paysage Casamance 2L’ethnie joola, n’est pas une entité homogène, les mécanismes culturels et religieux sont dans leurs pratiques assez différents, certains observateurs affirmant la séparation culturelle entre le nord et le sud, comme source de conflits.

Malgré les nombreuses tentatives de résolutions de conflit, les conséquences de cette crise sont lourdes et se régionalisent ; le flot de réfugiés se déplaçant vers la Gambie et la Guinée Bissau a créé une pression humanitaire importante avec un lourd impact sur la situation économique vulnérable de leurs communautés d’accueil. Ces déplacements de populations inscrivent les acteurs dans des parcours de paupérisation où le processus d’intégration sociale et d’insertion professionnelle semble parfois très difficile. Ces mouvements de population ont créé des camps de réfugiés en Gambie et en Guinée Bissau. Les conséquences qui ont suivi, sont celles d’une recrudescence des pillages et des braquages dans la zone. Ainsi, la situation sociale que vit la Casamance n’est pas exclusivement la conséquence d’affrontements militaires et d’exactions, elle a aussi pour effet des tensions sociales ainsi que la reconfiguration des liens sociaux.

L’interprétation anthropologique que nous donne l’ouvrage semble tout à fait novateur. Les « fêtiches » ici, sont des sources et des ressources sur lesquelles on peut s’appuyer dans la résolution du conflit. Le recours au fétiche permet de dénouer et de délier toutes ces choses invisibles qui font le lit de l’imaginaire social. En effet, il s’agit de compléter les mécanismes modernes aux traditionnels tels que les fétiches, dans le processus de réconciliation. Ces derniers peuvent participer au concept onusien de « peace building ».

Enfin, l’ouvrage insiste sur l’absence de débat public sur la crise casamançaise. Au Sénégal, on peut assister à une absence d’opinion publique sur la question. Il est rare de rencontrer un citoyen sénégalais capable de connaître les causes et les enjeux du conflit casamançais. Les acteurs politiques, quant à eux, font surgir la problématique de la paix en Casamance, au gré des périodes électorales. La responsabilité revient alors au médias, qui pour de multiples raisons, ne couvrent que très peu l’information sur le sujet.

Même si les conditions de sécurité ont généralement été améliorées, la situation est encore décrite comme « ni de paix, ni de guerre » entrecoupées par des attaques sporadiques, mais meurtrières, à la fois de la part du gouvernement et de certaines factions rebelles.

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